05 juin 2010

Une drôle de paroissienne... premier partie.( j'aime beaucoup)

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Alix de Saint-André

Une drôle de paroissienne chez les pèlerins

Infatigable, l’écrivaine Alix de Saint-André a déjà parcouru à trois reprises le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et projette même d’y retourner une quatrième fois à l’automne prochain. Que va-t-elle y chercher ? Dans son dernier livre publié chez Gallimard, intitulé En avant, route ! (mots empruntés  à Rimbaud), elle raconte les souffrances et les bonheurs du chemin, la manière dont il remet chacun subtilement en question. Avec sincérité (et insolence parfois), avec l’humour mordant qu’on lui connaît mais aussi la profondeur de sa foi, cette drôle de paroissienne nous donne à partager une aventure à hauteur d’homme (et de femme), au rythme de 4 km/heure. Sûr qu’elle va faire des émules…

Pourquoi êtes-vous partie la première fois, en 2003 ? A vous lire, on a l’impression que c’était vraiment en dilettante, un peu par hasard et par désoeuvrement

Je venais de terminer le livre sur  Ma nanie, qui allait sortir à la rentrée suivante. J'étais sans projet précis pour le mois d’août. Et je me suis retrouvée au Pays Basque avec une cousine qui avait déjà fait le chemin de Saint-Jacques et m’en avait beaucoup parlé. De quoi me laisser rêver. J’aime beaucoup l’Espagne, adore parler l'espagnol. Et marcher, pourquoi pas ? Je fumais tout de même deux paquets et demi de cigarettes par jour. Je n’avais aucune vie sportive. Et aucun guide en poche non plus. Mes souvenirs de scout m'ont permis d'embarquer ce qu’il fallait dans un sac à dos. Et voilà, en avant, vent ! C’est pourquoi j’ai intitulé ma première partie « Bécassine chez les pèlerins »…

Et là, vous découvrez que vous avez un corps ?

Oui. Alors que tout le monde part à la recherche de son âme. Même si l’idée n'est pas vraiment formulée, le chemin a tout de même un peu à voir avec le bon Dieu, évidemment. Mais c’est très confus : chacun a envie d’être là, mais on ne sait pas forcément pourquoi. Et la découverte n°1, c’est quand même ses pieds ! Car la première étape est la plus dure : celle qui va de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux, fait 28 km. Un chemin qui monte et descend de manière assez rude. Très vite, j’ai eu mal partout.  Force est de constater que la spiritualité commence par les pieds. La mère de toutes les prières est en fait : au secours ! C’était d’ailleurs la devise de Louise de Vilmorin. Et le début des psaumes ne clame pas autre chose : sauve-nous ! La douleur rabat tout de suite le caquet : même les randonneurs expérimentés s'attrapent des tendinites, car ils ne respectent pas forcément le rythme du chemin. Ces étapes, assez courtes, ont été forgées au fil des siècles par l’expérience des pèlerins. On voit même des personnes assez âgées s'y aventurer, certaines pas vraiment en bonne forme physique.

La rencontre avec votre amie Raquel va d’ailleurs commencer ainsi.  Car elle n’est pas profilée pour la marche, elle non plus

Les Espagnols débutent le chemin à Roncevaux. J’ai donc rencontré Raquel le deuxième jour. Et je suis tombée sur une femme genre petit pot à tabac, aussi apte à la randonnée que moi… Chacune de notre côté, nous nous sommes dit : si cette femme-là arrive à Saint Jacques, je peux  y arriver aussi ! Au retour, nos familles n’en revenaient pas. Personnellement, on m’a prise pour une championne olympique, doublée d’une grande mystique… Le fait que j'aie arrêté de fumer était le signe miraculeux de ma rédemption ! Les gens imaginent le chemin de Saint-Jacques comme une expérience mystique, habitée par des esprits qui planent au dessus des têtes, hantée par des visions de sainte Thérèse d’Avila... En fait d’être ravis par des chérubins ailés, on soigne énormément ses ampoules et les bobos des autres. La spiritualité existe, elle est bien réelle. Mais elle est incarnée, liée au travail du pèlerin. Pèlerin est un vrai métier, qui a à voir avec la douleur, l’admiration des paysages et l’amitié.

Lors de votre premier pèlerinage, pourquoi êtes-vous la seule à ne pas écrire, vous la journaliste et romancière ?

J’en étais arrivée à donner une vision assez particulière de l’écrivain : quelqu’un qui buvait plus que tout le monde, fumait plus que tout le monde, et qui écrivait moins… Car tous les pèlerins écrivent. Et moi, curieusement, je me disais qu’il fallait déjà que je fasse le chemin « pour de vrai », pas dans l’idée d’un livre – ce qui m'apparaissait un peu mercantile… Ensuite, j’ai constaté que le fait de prendre des notes faisait aussi partie du travail de pèlerin. Chacun remplit consciencieusement son petit journal de bord. Alors au bout d’un moment,  j’ai trouvé ridicule, sous prétexte que j’étais écrivain, de ne pas écrire ! Cela devenait absurde. Pour comprendre ce qui m’était arrivé, je me suis mise au boulot. J'ai emprunté les carnets des autres pour retrouver ma propre route. L’écriture m’a permis de capter des sensations, de mieux comprendre ce qui s’était passé. Mais ce livre a été très long et difficile à emboiter : il y a eu aussi un vrai chemin de l’écriture....

En avant, route !  d'Alix de Saint-André, Gallimard, 19,50 €.

La suite bientôt...

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Posté par Florelle à 11:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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