16 novembre 2010

Le Fournil...suite et fin

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.Tranquillement mon boulanger de grand-père , nettoie le pétrin , l'apprenti empile les panetons...le temps passe dans la tiédeur du fournil .Je capte du coin de l'œil son sourire complice l‘habituel « viens petite  c‘est l‘heure» m'interpelle , je le rejoins d'un bond .Toujours émerveillée je vois sortir du four les gros pains gonflés , craquants , brûlants la « grignes » plus brunies .En riant il me lance un de ces derniers que j'attrape au vol (j'ai l'habitude) avec une couche pour ne pas être brûlée , d'un coup de brosse" vlan et vlan" j'époussette sa Majesté le Pain , ça sent bon , c'est chaud , rassurant....comme on est bien ! 

Grand-père choisit le plus beau à son avis , le hume les yeux mi-clos , le couche à l'envers sur son bras gauche , le caresse ,tapote la coûte en connaisseur... y trace la croix de son pouce droit dans un geste de bénédiction...quelque chose se passe arrêtant le rire sur mes lèvres...un bref instant , la tête penchée il regarde ce pain qu'il a pétrit , alors lentement il retourne ce dernier et le dépose entre mes bras tendus en me disant « vas petite. ». 

Je traverse la chambre des apprentis qui sépare le fournil de la cuisine où grand'mère m'attends ; me voyant entrer elle tire un torchon marqué de nos initiales du vieux bahut ciré , prend le pain pour l'en envelopper et le range dans le tiroir à pain .

Chaque jour de mon enfance , de mon adolescence , de ma vie de jeune fille le même rituel s'est répété . 

A chaque repas j'ai vu le pain enveloppé de blanc « trôner » en haut bout de la table familiale... 

« Grand'mère du pain s'il te plaît » 

« Valentine du pain s'il te plaît » dit grand-père.. 

« Maman du pain s'il te plaît » au tour de mon père.. 

« Patronne du pain s'il vous plaint » disent l'apprenti ou l'ouvrier... 

A chaque demande elle répond par un sourire un « oui bien sûr »..inlassablement elle « démaillote la miche rousse et blonde pour y tailler les tranches odorantes avec le grand couteau à manche d'argent exclusivement réservé à cet usage..(je le garde encore.) 

J'ai appris le respect du pain , de la nourriture et des autres pare ces gestes simples , ces mots quotidien qui chantaient comme une litanie...Chez mes grands-parents maternels le rituel est le même à la différence que Philibert est paysan , sème le blé...J'ai retrouvé auprès de lui la même gravité lorsqu'il égrène un épis aux creux de ses mains calleuses pour y faire rouler les grains dorés avec un regard semblable à celui d'Alphonse le boulanger ! 

Ces gestes je les ai gardés....le couteau au manche d'argent ne sert plus....le pain se fait « baguette , flûte  ou de fantaisie » alors que « dans ce chez nous » d'avant la « miche » était « pain de cinq livres »...Ainsi va le temps et c'est bien....

Que notre joie demeure

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26 octobre 2010

Le Fournil...2

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En deux temps , trois mouvements cette dernière est roulée ,fraisée, saucissonnée puis déposée dans les « panetons »d'osier garnis de couches....eh oui tout comme les bébés le pain encore enfant , porte couche....Dans ce berceau original la pâte farinée va se reposer pendant deux heures ., l'apprenti les dépose dans le chariot où ils vont « lever » .Pendant tout ce temps là le four est en chauffe ; depuis le petit matin fagots et bûches y sont entassés , puis le feu allumé ...les portes refermées à demi le bois flambe pour se consumer ensuite . A ce moment il est temps de tirer les braises avec « le ringard » ;Julot l'apprenti fait rouler l'étouffoir qui va recevoir ces dernières , devant le four ouvert...

.Commence alors le va et vient du ringard manipulé avec adresse par grand-père .Il faut faire vite , être précis car la gueule béante du four déverse les braises tels des joyaux rouge et or ...brûlants .Il fait bigrement chaud dans le fournil .Les muscles des épaules , des bras roulent sous la peau brillante de sueur de mon al , preste comme un jeune homme , chantonne la moustache en bataille...un vrai Vulcain !

Avec un « ouf » il referme bruyamment l'étouffoir qu'il tire dans un coin du fournil ..Maintenant , il faut balayer , laver la « sol » du four....et que je te manies le « ringard » entortillé de serpillières précédemment trempées dans l'eau très chaude . « fttt.fttt » chante la sol , ça fume , il fait chaud comme sous le soleil de Juillet , la vapeur brûlante monte vers le plafond noirci....puis doucement le four de referme , attendons la bonne température pour enfourner .

Minutieusement la pelle à longue queue est choisie , il la faut large pour recevoir la pâte....et le ballet de la mise au four commence .La pelle appuyée à l'entrée du four , sa queue reposant sur le banc attend la provende .Un à un les panetons sont saisit , prestement renversé sur celle-ci d'un coup sec du poignet ; les mains agiles enveloppent comme une caresse la pâte pour lui donner une belle forme , ennuagée de farine , entaillée de quelques traits par la lime (à ce jeu là grand-père est un maître) , de la main gauche il ouvre le four pour y faire glisser la pelle ainsi chargée tout au fond du four...un coup sec....elle revient. Le four est refermé , un à un les pains vont y être déposés. Assise sur le sac à sel , j'attends...

à suivre pour la dernière "fournée"

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16 octobre 2010

LE FOURNIL 1

Ah....l'odeur du pain sortant du four , quelle magie ne fait elle pas naître en moi , aprés tant d'années où petite fille turbulente je "nîchais" dans le fournil de mon grand père ! "Etre de la boulange "c'est un honneur chez nous !Je grandis dans ce lieu lerveilleux .Faire le pain c'est une Alchimie...en plus de la farine , du sel , de l'eau , du levain il faut le savoir-faire , la patience, la force , la main du Boulanger ....

Tôt trés tôt le matin bien avant l'aurore , j'entends les pas de grand père dans la cuisine , puis le sommeil à nouveau me reprend....Un rayon de soleil glissant par l'interstice du rideau me réveille....J'entends "le clip-cllap" des portes du four .M'étirant comme un chat je saute hors de mon lit douillet(c'est l'hiver) pour rejoindre grand'mère qui prépare mon petit déjeûner . Elle sait que je n'ai qu'une hâte retrouver grand-père au fournil .A "la diable" j'enfile le long tablier qui va me protèger de la farine et mordant à belle dent dans ma tartine j'entre "en fanfare" dans le lieu des lieux !

Comme il y fait bon , dehors il gèle .Grand -père torse nu , ses cheveux blanc coupés en brosse , s'active devant le pétrin .Le chat Buffalo  somptueuse fourrure, couché sur ses épaules ne bouge pas pendant que celui ci puise la pâte dans le pétrin en gestes prestes avec le coupe-pâte .Clip clap fait la balance en recevant cette dernière en juste mesure ...J'aime regarder , attraper un peu de cette pâte , pêtrie parfois "à bras" quand il n'y a pas d'électricité (c'est l'occupation) , son odeur est aîgre elle colle au bout de mes doigts !

(à suivre...si cela vous chante... )

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11 octobre 2010

Jeanne était au pain sec...(cela ne m'est jamais arrivé..)

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Jeanne était au pain sec dans le cabinet noir,
Pour un crime quelconque, et, manquant au devoir,
J'allai voir la proscrite en pleine forfaiture,
Et lui glissai dans l'ombre un pot de confiture
Contraire aux lois. Tous ceux sur qui, dans ma cité,
Repose le salut de la société,
S'indignèrent, et Jeanne a dit d'une voix douce :
- Je ne toucherai plus mon nez avec mon pouce ;
Je ne me ferai plus griffer par le minet.
Mais on s'est récrié : - Cette enfant vous connaît ;
Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche.
Elle vous voit toujours rire quand on se fâche.
Pas de gouvernement possible. À chaque instant
L'ordre est troublé par vous ; le pouvoir se détend ;
Plus de règle. L'enfant n'a plus rien qui l'arrête.
Vous démolissez tout. - Et j'ai baissé la tête,
Et j'ai dit : - Je n'ai rien à répondre à cela,
J'ai tort. Oui, c'est avec ces indulgences-là
Qu'on a toujours conduit les peuples à leur perte.
Qu'on me mette au pain sec. - Vous le méritez, certe,
On vous y mettra. - Jeanne alors, dans son coin noir,
M'a dit tout bas, levant ses yeux si beaux à voir,
Pleins de l'autorité des douces créatures :
- Eh bien, moi, je t'irai porter des confitures.

Victor Hugo

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Le mien de grand'père était de ce style...souvenirs,souvenirs..

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19 septembre 2009

Une Tourterelle...4

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En vagues douces me parviennent des bruits légers , le tintement d'une cuillère contre un verre , le glissement des pas.Sa voix mélodieuse à Elle , la sienne plus profonde à Lui .Les bribes d'un chant trés doux..c'est une troisième voix . A nouveau je plonge dans le sommeil . De temps à autre je sens ses mains douces sur mon front , celles plus fermes de son Fils sur mon poignet .Je perçois aussi des frôlements habités d'ailes d'oiseaux.!C'est étrange,la nuit ,le jour ,je ne sais pas.Progressivement j'émerge de cet état cotonneux , je n'ai plus mal quand je respire .Lorsque j'ouvre les yeux, quelqu'un se tient debout sur le fond clair du ciel dans l'embrasure de la porte fenêtre ouverte sur le jardin...Un adolescent me semble t'il , vu la silhouette juvénile,chante à mi voix une mélopée ...c'est lui que j'entendais à la frange du sommeil !

MESSAGER

Je ne sais combien  de jours ont passés...j'ai perdu la notion du temps , ça va mieux ...Je bouge doucement , m'étire avec précaution comme un chat .Je suis à l'écoute de ce qui se passe en moi , autour de moi. L'adolescent a disparu , j'entends le murmure de son chant dans le jardin.La frange de l'aurore glisse dans l'air frais du matin, lorsque je rejoins  ma mystèrieuse visiteuse  à la cuisine où elle s'active en chantonnant .Elle pétrit la pâte à pain en gestes précis qui dénotent une longue habitude .La porte et les fenêtres sont grandes ouvertes sur les fleurs emperlées de rosée...la flêche d'or du soleil jaillit à l'est au dessus de la haies d'aubépines .

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De l'endroit où je suis je Le vois allumer le four à pain sous l'auvent de la petite cour ; ce dernier n'a pas servi depuis longtemps .Sans doute a t'Il senti que je le regardais car il me sourit  en se retournant .Puis , Il vient vers moi  à travers le jardin en foulant  la pelouse de son long pas souple..

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un chat perché sur son épaule tandis que Jazz le chien gambade auprés de Lui. Ses yeux rient quand Il prend mes mains dans les siennes tout en me saluant .Puis Il s'adresse à Elle...'Tu vois Douce Mère notre amie va mieux...' et Elle de lui répondre doucement. en posant sa main sur une des siennes...'Oui mon Fils...avec toi c'est naturel !' Quand Elle prononce ces deux mots : mon Fils...sa voix vibre d'une tendresse incommensurable...Quand Il dit :Mère où Douce Mère , comme à l'instant , c'est avec un respect  tellement remplit d'Amour que ça me stupéfie...Qui sont Ils ces deux là ? Je n'ose pas poser de questions...Pourtant il me semble connaitre la réponse...Cela est il possible?

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