07 juin 2010

Une drôle de paroissienne...2

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Alix de Saint-André


Pourquoi retourner une deuxième fois à Saint-Jacques?

En vérité, je culpabilisais énormément de ne pas avoir attendu Raquel. Nous aurions dû arriver ensemble à Santiago. Mais nous avions eu une prise de bec trois jours avant…
L’Autre, dans sa différence, est présent tout au long de votre livre. Alors que vous avez continuellement envie de solitude…
Mon idée préconçue du chemin était simple : on part seul pour méditer. C’est pourquoi j’avais mis les voiles sans amis, sans groupe, pour marcher en rêvant dans les solitudes. Eh bien, ça n’a pas été le cas du tout ! Le chemin vous bouscule, il y a toujours quelqu’un qui vous parle. Et surtout Raquel qui est excessivement bavarde ! Cubaine exilée, elle a eu une vie haute en couleur, avec des parents témoins de Jéhovah – Almodovar pourrait réaliser trois films de sa vie…

Raquel, vous avez eu envie de la tuer. C’est violent, non ?

Mais c’est le chemin qui est violent ! L'épreuve est physiquement dure et vous n’êtes pas épargné. Rien à voir avec un monastère, où vous seriez livrée à votre univers intérieur. Vous marchez sur une route parallèle au monde, mais il reste proche. Et les nouvelles vous parviennent. En chemin, j’ai appris la mort violente de deux amies, à quelques jours d’intervalle. La fatigue du chemin - 700 km en 3 semaines, tout de même, vous fragilise. On a beau récupérer un peu chaque soir, on dort mal. On n’est pas à l’abri. Bref, j’avais une impression d’inachèvement, d’une histoire qui ne s’était pas terminée comme elle aurait dû. Mon deuxième chemin est donc l’épilogue du premier. Car sans happy end, j’imaginais que jamais je ne pourrais écrire cette aventure. J’ai donc repris la route avec Raquel en 2004, année sainte. Mais dans un mode plus ludique : sur le chemin « anglais », beaucoup plus court.

A la troisième expérience, on a l’impression que vos rencontres avec les autres sont plus ouvertes et détendues ?

J’ai fait ce qu’au Moyen Age, on appelait le « vrai » chemin  - parce que les gens partaient de chez eux, tout simplement. Et partir de chez soi, ça change tout. Je voulais vraiment vivre l'expérience d'un chemin qui soit le mien. Mon angoisse n’était plus d’arriver. Je savais désormais que j’en étais capable, surtout en respectant  les règles de base recommandées par tous les guides (pas plus de 6 kilos dans le sac, etc.).

à suivre si ça vous chante...

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05 juin 2010

Une drôle de paroissienne... premier partie.( j'aime beaucoup)

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Alix de Saint-André

Une drôle de paroissienne chez les pèlerins

Infatigable, l’écrivaine Alix de Saint-André a déjà parcouru à trois reprises le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et projette même d’y retourner une quatrième fois à l’automne prochain. Que va-t-elle y chercher ? Dans son dernier livre publié chez Gallimard, intitulé En avant, route ! (mots empruntés  à Rimbaud), elle raconte les souffrances et les bonheurs du chemin, la manière dont il remet chacun subtilement en question. Avec sincérité (et insolence parfois), avec l’humour mordant qu’on lui connaît mais aussi la profondeur de sa foi, cette drôle de paroissienne nous donne à partager une aventure à hauteur d’homme (et de femme), au rythme de 4 km/heure. Sûr qu’elle va faire des émules…

Pourquoi êtes-vous partie la première fois, en 2003 ? A vous lire, on a l’impression que c’était vraiment en dilettante, un peu par hasard et par désoeuvrement

Je venais de terminer le livre sur  Ma nanie, qui allait sortir à la rentrée suivante. J'étais sans projet précis pour le mois d’août. Et je me suis retrouvée au Pays Basque avec une cousine qui avait déjà fait le chemin de Saint-Jacques et m’en avait beaucoup parlé. De quoi me laisser rêver. J’aime beaucoup l’Espagne, adore parler l'espagnol. Et marcher, pourquoi pas ? Je fumais tout de même deux paquets et demi de cigarettes par jour. Je n’avais aucune vie sportive. Et aucun guide en poche non plus. Mes souvenirs de scout m'ont permis d'embarquer ce qu’il fallait dans un sac à dos. Et voilà, en avant, vent ! C’est pourquoi j’ai intitulé ma première partie « Bécassine chez les pèlerins »…

Et là, vous découvrez que vous avez un corps ?

Oui. Alors que tout le monde part à la recherche de son âme. Même si l’idée n'est pas vraiment formulée, le chemin a tout de même un peu à voir avec le bon Dieu, évidemment. Mais c’est très confus : chacun a envie d’être là, mais on ne sait pas forcément pourquoi. Et la découverte n°1, c’est quand même ses pieds ! Car la première étape est la plus dure : celle qui va de Saint-Jean-Pied-de-Port à Roncevaux, fait 28 km. Un chemin qui monte et descend de manière assez rude. Très vite, j’ai eu mal partout.  Force est de constater que la spiritualité commence par les pieds. La mère de toutes les prières est en fait : au secours ! C’était d’ailleurs la devise de Louise de Vilmorin. Et le début des psaumes ne clame pas autre chose : sauve-nous ! La douleur rabat tout de suite le caquet : même les randonneurs expérimentés s'attrapent des tendinites, car ils ne respectent pas forcément le rythme du chemin. Ces étapes, assez courtes, ont été forgées au fil des siècles par l’expérience des pèlerins. On voit même des personnes assez âgées s'y aventurer, certaines pas vraiment en bonne forme physique.

La rencontre avec votre amie Raquel va d’ailleurs commencer ainsi.  Car elle n’est pas profilée pour la marche, elle non plus

Les Espagnols débutent le chemin à Roncevaux. J’ai donc rencontré Raquel le deuxième jour. Et je suis tombée sur une femme genre petit pot à tabac, aussi apte à la randonnée que moi… Chacune de notre côté, nous nous sommes dit : si cette femme-là arrive à Saint Jacques, je peux  y arriver aussi ! Au retour, nos familles n’en revenaient pas. Personnellement, on m’a prise pour une championne olympique, doublée d’une grande mystique… Le fait que j'aie arrêté de fumer était le signe miraculeux de ma rédemption ! Les gens imaginent le chemin de Saint-Jacques comme une expérience mystique, habitée par des esprits qui planent au dessus des têtes, hantée par des visions de sainte Thérèse d’Avila... En fait d’être ravis par des chérubins ailés, on soigne énormément ses ampoules et les bobos des autres. La spiritualité existe, elle est bien réelle. Mais elle est incarnée, liée au travail du pèlerin. Pèlerin est un vrai métier, qui a à voir avec la douleur, l’admiration des paysages et l’amitié.

Lors de votre premier pèlerinage, pourquoi êtes-vous la seule à ne pas écrire, vous la journaliste et romancière ?

J’en étais arrivée à donner une vision assez particulière de l’écrivain : quelqu’un qui buvait plus que tout le monde, fumait plus que tout le monde, et qui écrivait moins… Car tous les pèlerins écrivent. Et moi, curieusement, je me disais qu’il fallait déjà que je fasse le chemin « pour de vrai », pas dans l’idée d’un livre – ce qui m'apparaissait un peu mercantile… Ensuite, j’ai constaté que le fait de prendre des notes faisait aussi partie du travail de pèlerin. Chacun remplit consciencieusement son petit journal de bord. Alors au bout d’un moment,  j’ai trouvé ridicule, sous prétexte que j’étais écrivain, de ne pas écrire ! Cela devenait absurde. Pour comprendre ce qui m’était arrivé, je me suis mise au boulot. J'ai emprunté les carnets des autres pour retrouver ma propre route. L’écriture m’a permis de capter des sensations, de mieux comprendre ce qui s’était passé. Mais ce livre a été très long et difficile à emboiter : il y a eu aussi un vrai chemin de l’écriture....

En avant, route !  d'Alix de Saint-André, Gallimard, 19,50 €.

La suite bientôt...

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Posté par Florelle à 11:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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