22 décembre 2009

NOËLen 1942

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Le Noël 1942 me réserve bien des surprises . Les élèves et leurs instituteurs sont impérativement « invités » à un gigantesque goûter offert par l’Occupant .

Vers quinze heures ( heure allemande , l’heure d’été aujourd’hui) nous partons à pieds de Belfontaine pour nous rendre en ville ,distante de 4 kms .

Sitôt arrivée , bousculée , étourdie  par le bruit , j’ai la sensation étrange de quitter mon corps propulsée comme un bouchon de champagne ; j’assiste de loin à cette fête qui me donne la nausée : il y a tant de tourbillons noirs , gris , d’éclairs rouge zigzaguant dans « l’Invisible » effrayée je m’écroule dans mon corps qui en fait autant sur le sol !

Madame Aimé mon institutrice voit que je vais pas bien , elle écourte le goûter arguant de la distance pour revenir à Belfontaine , privilège qui lui est accordé sans trop de difficulté . Ravis de l’aubaine nous sortons tous à l’air libre ; craignant que je ne puisse faire la route , elle me laisse devant chez mes parents …ils sont couchés ; je frappe à la porte , maman ouvre une des fenêtre :-« Que fais tu là ? rejoins ta maîtresse , tu seras mieux à Belfontaine , fais attention aux patrouilles » elle referme la fenêtre et..... la lumière s’éteint !

Stupéfaite , je reste sur le trottoir les bras ballants , hausse les épaules puis m’achemine à travers les rues où je ne rencontre personne , Madame Aimé est déjà loin avec mes camarades . Je rejoins la route qui va au village .Sans inquiétude je m’engage dans la nuit glacée ; il a un peu neigé , il n’y a âme qui vive , tout est silence .

En pleine campagne alors que j’emprunte le chemin de champs que je connais bien , une douce griserie m’envahit , c’est si beau tout ce givre accroché aux arbres et aux buissons, ; l’herbe gelée crisse sous mes pas , les étoiles scintillent , la lune est haute dans le ciel , c’est une nuit de diamant , subitement je prends conscience que c’est la nuit de Noël , le solstice d’hiver dont me parle Alphonse est là .

Je sens de subtiles présences amicales , invisibles , la nuit murmure ses chuchotements de Fées ; sur un vieil ormeau en son vol silencieux se pose…une chouette blanche , pour la regarder je m’arrête , quelle est belle je suis subjuguée et je repense au GRAND DUC de ma petite enfance !

Il me semble voir glisser dans le ciel et à fleur de terre comme des formes humaines aériennes lumineuses , pensant rêver toute éveillée je frotte mes yeux ,les ferme quand à nouveau j’ose regarder la danse légère continue .

Mon coeur bat la chamade , je crie silencieusement « attendez moi » , je marche doucement comme portée toute en légèreté , moi la maladroite !

Soudain je suis entourée , enveloppée de chants murmurés venant de partout , est ce la brise qui se lève ? non , les chants vont et viennent subtilement plus où moins distincts sur une portée invisible…mais j’ai l’oreille fine , je viens de franchit le voile ténu du «  Pa¨is d’Ailleurs » comme dit si bien ma grand’mère Angèle de Gâtine où tout m’est familier ! Puis les chants , les présences se font plus imperceptibles , l’aube commence à blanchir le ciel ….déjà ! Je reprends mon chemin…et arrive devant notre maison , tout le monde dort ; doucement je frappe aux volets de bois ; j’entends la voix d’Alphonse :

-« Valentine , c’est la petite » , vite la porte ouverte , se referme , le feu flambe haut dans la cheminée…Je n’ai pus me retourner pour Voir la Nuit… et me retrouve assise dans le fauteuil de Valentine , un bol de lait chaud entre les mains , une couverture sur les genoux…soudain le bol bascule , le lait se répand …je m’effondre en larmes , trop c’est trop je pleure mon bonheur entrevu , si vite disparu ; en un retournement du temps , de l’espace toute la détresse du monde s’engouffre en moi , j’entends les cris de ceux que l’on torture , des cris d’enfants , des vagissements de nouveaux nés , je vois des plaies béantes , du sang qui coule …

J’ai mal , j’appelle ma Lumière , puis tout s’efface aussi vite que c’est venu comme si un rideau un instant soulevé se refermait ; étourdie j’entends la voix rassurante de grand-père-« Calme, apaise toi ma toute petite , allez c’est fini , viens dormir , un jour tu comprendras » .

Nichée , bordée bien au chaud tandis que le vent qui s’est levé entre temps souffle avec force je m’endors , je m’envole vers le « Païs d’Ailleurs » d’Ange-Aile (Angèle) mon autre grand’mère alors que de sa voix cristalline grand’mère Valentine chante :

« Le Rêve bleu

C’est l’Ange Merveilleux…

Du beau Pays

Appelé Paradis

Et chaque soir ,

Avant de revenir te voir

Le Rêve bleu

S’envole vers les cieux ! »

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27 septembre 2009

Une Tourterelle...9

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Le soleil levant me réveille , j'ai dormi au coeur de la nuit tiède.....   Je le vois venir du jardin avec le Baladin du Vent....dans la lumière matinale leur ressemblance ma saute aux yeux....Des oiseaux  les accompagnent  sans façon jusque dans la cuisine en pépiant,le Baladin du Vent vocalise....LUI, de sa voix chaude et chantante dit 'Faites moins de bruit , Jeanne dort '.....Tout n'est plus que murmures ! ELLE m'appelle , IL vient à mon avance , m'invite à la table mise , sert le café , verse le lait , fait des tartines comme si de rien n'était...De temps à autre nos regards se croisent...Je fond de tendresse !Aucun de nous ne fait allusion à la nuit dernière....poutant je suis certaine qu'IL sait que je LES ai vu....Le Baladin du Vent fredonne au fond du jardin .

Souvent on vient le chercher pour un gars ou une fille tombés dans la drogue  ou l'alcool....Pour quelqu'un d'autre  qui a fait une chute .IL panse les blessures...On a besoin de LUI...de ses soins , de sa présence forte , douce  et réconfortante à la fois . IL parle avec les gens , joue avec les enfants qu'IL aime tant....ILS sont invités au mariage de Sarah et de Julien....IL apporte le vin et le pain qu'ELLE a pétrit....IL  chante avec le Baladin du Vent en s'accompagnant de la guitare...IL conduit la farandole en riant...il se dégage de LUI la joie de Vivre !

Je demande à Douce Mère :'Ton fils....mon frère ,il est éducateur ?....médecin du monde ?...baroudeur vu dans l'état IL revient de ses voyages ?  'Et ELLE de me répondre:'IL est tout cela mon petit' .Je n'insiste pas , toute gênée d'avoir oser  ces questions .Ce tantôt , il fait trés beau .Je la rejoins prés du peuplier d'Italie..assise sur la balancelle un peu rouillées par les intempéries...ELLE  a enlevé le tablier de grosse toile bleue .Sa robe blanche glisse comme de la soie jusque sur ses pieds nus .ELLE dénoue l'écharpe qui enserre ses cheveux haut sur la nuque les libérant d'un joli gestee de la tête...ceux ci cascadent sur ses épaules et son dos en une nappe d'or en fusion...y passe ses doigts pour les aérer ...s'étire gracieuse . En un bref instant ses mains étincellent de mille feux comme si elles étaient parées de joyaux !Je retiens la question qui me brûle le lèvres..mon regard  émerveillé rencontre le sien remplit de tendre complicité.! 'Aides moi veux tu mon petit ..' J'acquiesce a sa demande avec empressement ,ELLE est si belle , si douce .Ensemble nous tressons sa chevelure soyeuse glissant entre nos doigts .D'un geste plein de grâce, les bras levés ELLE les enroule en diadème , les emprisonne dans l'écharpe  d'étamine de coton blanc qu'ELLE noue sur sa nuque fragile .Se levant ELLE caresse ma joue , j'en suis toute remuée !   

à suivre

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