Le Fournil...suite et fin
.Tranquillement mon boulanger de grand-père , nettoie le pétrin , l'apprenti empile les panetons...le temps passe dans la tiédeur du fournil .Je capte du coin de l'œil son sourire complice l‘habituel « viens petite c‘est l‘heure» m'interpelle , je le rejoins d'un bond .Toujours émerveillée je vois sortir du four les gros pains gonflés , craquants , brûlants la « grignes » plus brunies .En riant il me lance un de ces derniers que j'attrape au vol (j'ai l'habitude) avec une couche pour ne pas être brûlée , d'un coup de brosse" vlan et vlan" j'époussette sa Majesté le Pain , ça sent bon , c'est chaud , rassurant....comme on est bien !
Grand-père choisit le plus beau à son avis , le hume les yeux mi-clos , le couche à l'envers sur son bras gauche , le caresse ,tapote la coûte en connaisseur... y trace la croix de son pouce droit dans un geste de bénédiction...quelque chose se passe arrêtant le rire sur mes lèvres...un bref instant , la tête penchée il regarde ce pain qu'il a pétrit , alors lentement il retourne ce dernier et le dépose entre mes bras tendus en me disant « vas petite. ».
Je traverse la chambre des apprentis qui sépare le fournil de la cuisine où grand'mère m'attends ; me voyant entrer elle tire un torchon marqué de nos initiales du vieux bahut ciré , prend le pain pour l'en envelopper et le range dans le tiroir à pain .
Chaque jour de mon enfance , de mon adolescence , de ma vie de jeune fille le même rituel s'est répété .
A chaque repas j'ai vu le pain enveloppé de blanc « trôner » en haut bout de la table familiale...
« Grand'mère du pain s'il te plaît »
« Valentine du pain s'il te plaît » dit grand-père..
« Maman du pain s'il te plaît » au tour de mon père..
« Patronne du pain s'il vous plaint » disent l'apprenti ou l'ouvrier...
A chaque demande elle répond par un sourire un « oui bien sûr »..inlassablement elle « démaillote la miche rousse et blonde pour y tailler les tranches odorantes avec le grand couteau à manche d'argent exclusivement réservé à cet usage..(je le garde encore.)
J'ai appris le respect du pain , de la nourriture et des autres pare ces gestes simples , ces mots quotidien qui chantaient comme une litanie...Chez mes grands-parents maternels le rituel est le même à la différence que Philibert est paysan , sème le blé...J'ai retrouvé auprès de lui la même gravité lorsqu'il égrène un épis aux creux de ses mains calleuses pour y faire rouler les grains dorés avec un regard semblable à celui d'Alphonse le boulanger !
Ces gestes je les ai gardés....le couteau au manche d'argent ne sert plus....le pain se fait « baguette , flûte ou de fantaisie » alors que « dans ce chez nous » d'avant la « miche » était « pain de cinq livres »...Ainsi va le temps et c'est bien....
Que notre joie demeure
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